Les devoirs, de saint Ambroise
Extrait de Les devoirs, de saint Ambroise, évêque
(Cf. II, 28, 136-138.140-141, Città Nuova, Roma 1977, pp. 261-263)
Voilà les trésors de l’Église
C’est le plus grand stimulant de la miséricorde, que de compatir aux malheurs d’autrui, de subvenir aux besoins des autres, au- tant que nous le pouvons et parfois plus que nous ne le pouvons.
Mieux vaut en effet fournir des prétextes d’accusation ou endurer l’hostilité en servant la miséricorde, que de montrer de la dureté. L’Église a de l’or, non pas pour le garder, mais pour le dépenser afin de porter secours dans les nécessités. Quel besoin y a-t-il de garder ce qui n’apporte aucune aide? Est-ce que nous ne savons pas combien d’or et d’argent les Assyriens enlevèrent du temple du Seigneur? N’est-il pas mieux que les prêtres fassent fondre ces objets pour nourrir les pauvres, si les autres secours font défaut, plutôt qu’un ennemi sacrilège ne risque de les emporter après les avoir profanés? Le Seigneur ne dirait-il pas: «Pourquoi as-tu laissé tant de miséreux mourir de faim»? Et assurément tu avais de l’or, tu aurais pu fournir de la nourriture. Pourquoi tant de prisonniers ont-ils été emmenés en vente et, n’ayant pas été rachetés, ont été tués par l’ennemi? Il aurait mieux valu que tu conserves les corps d’êtres vivants plutôt que des vases de métal».
À ces questions on ne pourrait pas apporter de réponse. Pourquoi en effet dirais-tu: «J’ai craint que le temple de Dieu ne manquât de parure»? Le Seigneur répondrait: «Les mystères sacrés ne réclament pas d’or et n’ont pas de complaisance pour l’or, eux qui ne s’achètent pas à prix d’or». La parure des mystères est le rachat des prisonniers, ceux-là sont en vérité des vases sacrés précieux, qui rachètent les âmes de la mort. Celui-là est le vrai trésor du Seigneur, qui effectue ce que son sang a effectué. C’est alors qu’on reconnaît le vase sacré du sang du Seigneur, quand on a vu le rachat à la fois dans le vase et dans le sang, en sorte que le calice rachète de l’ennemi ceux que le sang a rachetés du péché. Que c’est beau, quand des colonnes de prisonniers sont rachetées par l’Église, que l’on puisse dire: «C’est ceux que le Christ a rachetés». Voici l’or que l’on peut approuver, voici l’or utile, voici l’or du Christ, or qui délivre de la mort, voici l’or qui rachète la pudeur, qui sauve la chasteté!
Tel est l’or que le saint martyr Laurent conserva au Seigneur; alors qu’on lui réclamait les trésors de l’Église, il promit de les présenter. Le jour suivant, il amena des pauvres. On lui demanda où étaient les trésors qu’il avait promis; il montra les pauvres en disant: «Voici les trésors de l’Église». Et ce sont vraiment des trésors ceux en qui le Christ est présent, en qui la foi est présente. En effet l’apôtre dit: Ayant un trésor dans des vases d’argile. Quels meilleurs trésors a le Christ que ceux en qui il a dit qu’il était présent? C’est ainsi en effet qu’il est écrit: J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez recueilli. Et plus loin : En vérité ce que vous avez fait à l’un de ceux- ci, c’est à moi que vous l’avez fait. Quels meilleurs trésors a Jésus que ceux en qui il aime qu’on le voie?
Ces trésors, Laurent les présenta, et il l’emporta parce que même le persécuteur ne put pas les enlever. Et ainsi Joachim qui, pendant le siège, conservait de l’or, sans le dépenser pour acquérir de la nourriture, vit l’or enlevé et emmené en captivité. Laurent qui préféra distribuer aux pauvres l’or de l’Église, plutôt que de le conserver au profit du persécuteur, reçut en récompense de l’ingéniosité exceptionnelle de sa manière de comprendre les choses, la couronne sacrée du martyre.